Escale à Malte (III)

Les British enfin, entre roccoco et gely, fidèles à leurs gouts très spéciaux...

Nouveau coup d'oeil à gauche, les remparts cette fois paraissent tout proches, il reste pourtant encore port Psida et la Pieta à contourner...

Je ne sais pas vous, mais de mon côté, je commence à avoir sérieusement la dalle... Une dernière photo du fronton lumineux de la Pieta, puisque je suis juste devant:

Et, tous les chemins menant à Rome, ici plus qu'ailleurs, je saute dans le premier bus municipal qui passe ( si je précise, c'est qu'il y a surtout de ces immenses bus panoramiques, de préférence rouge pétard qui sillonnent l'île en tous sens avec force sonorisation d'ambiance ).
De fait, le terminus de tous ces engins est une vaste place, d'où on accède enfin par une trouée en V, heureusement réservée aux piétons, ménagée dans le puissant rempart médiéval.
décrire le tohu-bohu dantesque, étourdissant et multilingue qui asphyxie littéralement le passage, n'offre pas plus d'intérêt, mais une évidente similitude avec celui qui prend possession des quais de Saint-Tropez ou des abords de la pyramide du Louvre au milieu du mois d'Aout. Je vous en fait donc très volontiers grâce.
Nous voici donc à l,intérieur des fameux remparts de " La Valetta" qui ont mis à mal toutes les flottes Maures qui ont osé s'y mesurer...

L'impressionnant flux entrant subit un étiage considérable sous l'effet très positif d'immenses terrasses où l'on sert Saucisses, hamburgers-frites et quand même l'excellente bière locale à profusion...

Les rues adjacentes sont encore très prisées et bourdonnantes... pourtant, j'ai maintenant grand faim et il faut bien que je trouve chaussure à mon pied...

Quelques rues plus bas, au détour d'une ruelle en pente, je découvre finalement la petite table qu'il me faut...

Et qui aurait fait parfaitement l'affaire si le serveur, surpris de voir un vieil homme s'installer seul à l'écart de ses autres clients, n'avait fait des pieds et des mains pour me libérer avec autorité une place plus "conviviale" à son gout ou plus propice à son service, je ne sais.

Contrarier un jeune maltais, au demeurant fort aimable et sympathique n'étant nullement au programme de cette magnifique journée, j'obtempérai donc avec le sourire, bientôt récompensé par la sollicitude du jeune homme qui me cadra sous tous les angles avec ma tablette, avant de me servir comme un prince ou peut-être comme le vieux capitaine solitaire et fatigué par l'époque qu'il avait instinctivement décelé...

Heureusement, je n'avais bu qu'une bière... un demi véritable, toutefois, de cette excellente bière maltaise légère et parfumée ; demi véritable tout à fait hors de mes habitudes, il est vrai, mais nullement en cause dans l'incident qui survint quelques minutes plus tard, alors que je reprenais tranquillement notre promenade dans l'inextricable écheveau des venelles de La Valette...

Sans prévenir, une violente quinte de toux me secoua avant de m'envoyer dinguer sur le pavé... une famille de milanais secourable  qui passait par là vola à mon secours, mais quand le père de bonne stature m'agrippa solidement par le bras pour tenter de me remettre sur pied, je me mis à hurler comme un supplicié... la côte fêlée quelques jours plus tôt et encore en phase de rafistolage n'avait pas supporté cette malheureuse quinte de toux et le brave homme avait de surcroît malencontreusement tiré sur le mauvais bras....Le temps de reprendre mon souffle, je fis signe au couple, forcément ahuri, que ça allait mieux,  en tout cas que ça allait passer et me traînais de marche en marche jusqu'au seuil surélevé d'une maison proche pour m'y vautrer à la diable...
Sur le visage des milanais, la stupéfaction avait fait place à une forme de perplexité, puis à une franche inquiétude chargée d'empathie. Me trouvant dans l'incapacité d'aligner deux mots de quelque langue que ce soit, je ne pus que réitérer ma chanson gestuelle de mon seul bras valide... la douleur s'estompant lentement, je parvins enfin à sourire, ce qui sembla enfin les rassurer...
La famille repartie, je guignais quelques marches plus haut une autre pierre de seuil moins "inconfortable", mais surtout baignée par un étroit rayon  de soleil qui se faufilait jusqu'au fond de la ruelle. Une fois allongé de guingois dans la tache de lumière  chaleureuse et réconfortante, je me décidai à envisager la suite...

Allais-je interrompre ici cette magnifique journée pour revenir clopin-clopant jusqu'à la station de bus ? Allais-vous laisser en plan perdus au beau milieu de La Valette ? Tant que le providentiel rayon resta centré sur le pas de porte, je m'y abandonnais tout en fouillant la question plus avant... Apollon m'accorda ainsi une large demie heure de réflexion et de récupération avant de quitter la ruelle pour une autre...
il était temps de faire un test de mes nouvelles limites... je pouvais marcher... certes très lentement, peut-être à la vitesse où je marcherai dans quelque années si dieu me les accorde. D'ailleurs il était à peine 3h de l'après-midi... qu'est-ce qui me pressait ?

Bref, nous voilà repartis !! Vous êtes toujours là au moins ?? Vous n'avez pas distraitement corné la page, jugeant l'affaire rappée ?
D'autant, vous allez voir, que deux excellentes surprises nous attendent quelques mètres plus bas...

Car vous imaginer bien que je n'ai quand même pas repris cet escalier joliment raide dans le sens ascendant. Une volée de marche plus bas, je reconnais, aux armoiries qui coiffent le porche vouté, le bar à bière où nous avons fait une heureuse escale avec Franck il y quelques années...

Je ne saurais d'ailleurs vous dire combien, tant je suis venu et revenu à La Valette avec  toujours le même bonheur et la même émotion. Jamais en aéroplane, notez bien, ni même en ferry, mais toujours sur des voiliers de toute taille et qualité ! Tiens, jouons à ce petit jeu des 7 erreurs !! mais y suis-je seulement venu 7 fois ??

  • la première avec "Zorba", cotre de 28´/ en 1975
  • la seconde avec le Show 29:de Frédéric Russo, sloop de 29' / en 1981
  • la troisième avec "magic blue", ketch de  37´ / en 1986
  • la quatrième avec "Galathée", catamaran de 44´  / en 1993
  • la cinquième (déjà avec ma fille Ratédé) sur le voilier de Christophe / catamaran de 47´ / en 1998
  • la sixième avec "Marie-Christine", un sloop de 50' / en 2009

Donc perdu !!! La septième c'est bel et bien aujourd'hui avec "Virilus", cotre de 38' , et de nouveau avec Ratédé.
Une autre me tenait pourtant tellement à coeur... Il s'agissait d'emmener Maman, dont je tiens cette manie des traversées océaniques tous azimuts, voir les magnifiques pierres tombales des chevaliers croisés dans la nef de la cathédrale Saint-Jean de la Valette.
Étonnement, à 90 balais et des broutilles le projet la faisait encore piaffer comme un cabri !!! Pourtant les toubibs on dit que non... que c'était rappé... qu'il n'était plus question de s'éloigner de sa maison, encore moins de prendre l'avion...

le deuxième signe était au bout de cet austère façade médiévale.

Sous la forme d'un simple écriteau bleu mentionnant  la direction à suivre, ou plutôt l'escalier à descendre pour accéder au quai du ferry pour Slima !

Bref, deux signes des plus rassurants ... le premier me rappelant fort à propos que j'étais en terrain connu, balisé par les bars à marins ; le second, m'assurant qu'en cas de calage inopiné de mon vieux diesel, je ne serais qu'à quelques marches de l'écurie... Bref on pouvait reprendre notre balade, en "avant lente" au shutburn, certes, mais néanmoins librement !

on dit souvent que les voies du seigneur sont impénétrables... alors, les voies de La Valette guère moins, vous aller voir... à l'exception, toutefois, de celle-là qui mène on ne peut plus directement de la seule porte de la citadelle à la co-cathédrale Saint-Jean Baptiste, dite aussi, co-cathédrale saint Jean  de la Valette...

Bon, je ne doute pas que les plus attentifs d'entre vous auront relevé la coquille...
Pourtant non ! point là de coquille... il s'agit bien d'une co-cathédrale !
c'est les plus curieux, cette fois qui vont s'insurger... co-cathédrale ? Qu'est-ce à dire ??
Eh bien figurez vous que les moines soldats venus de tout ce qui se faisait de chrétien en Europe étant, par le fait, d'obédiences très diverses se sont constitués en ordres distincts, plus ou moins papistes, quelquefois pas du tout à l'image de l'ordre des chevaliers de Malte qui, lui, a même finit par challenger le pouvoir des pontifes de l'époque, pas très nets, il est vrai...
bref, bref, puisque je ne cherche pas à me faire davantage d'irréductibles ennemis dans la communauté encore bien vivante des papistes béats, ces ordres se sont quelquefois alliés ( financièrement, s'entend) pour co-construire monuments, impressionnants remparts et.... co-cathédrales !!

Au hasard des multiples "corners" de cette voie étroite, mais magistrale, égayons- nous au petit bonheur... Vous remarquerez que j'en appelle plus que rarement au "franglais" , mais, s'il est vrai que les grands Bretons se sont faits proprement virer de l'archipel maltais il y a plus de 50 ans, l'âme British a laissé quelques traces...

Au-delà, laissons donc faire hasard, intuition et inspiration de chacun...