Ode à Itaque (III)

Me voilà de retour, conteur, sans autre prétention qu'amicales , d'histoires hellènes,  africaines et malgaches.
le chemin de Périchoron, si vous vous souvenez, grimpe maintenant plus sévèrement à travers les  restanques.

Certaines en friches, abandonnées aux ronces et aux genets...

D'autres précieusement entretenues au pied de pentes abruptes couvertes de cyprès.

Tiens, un chemin pavé de mystère s'ouvre à droite... résidence d'été d'un locataire de l.Olympe ? hôte de choix du roi de céans ?
irais-je d'aventure ? Simple mortel au devant d'une déesse alanguie auprès d'une source fraîche à l'ombre des cyprès ?
point ne m'en est accordé le temps... une voiturette pistache et essouflée s'arrête à mon  abord... surchauffe du radiateur ? Que Nenni ! un vieil autochtone à barbe blanche s'enquiert obligeamment de mon chemin... mon intention est-elle de monter à Perichoron ?
Telle est-elle en effet... Ce à quoi l'aimable ancêtre objecte que je ne suis pas sur le bon chemin... de fait, à la patte d'oie précédente, j'ai opté pour le chemin qui semblait le moins abrupte... jugez plutôt !!

L'attentionné vieillard ( on parle ici " de philoxenia" dont vous pourrez retrouver  le sens historique dans votre vieux dictionnaire de grec puisque le concept est resté intact depuis les écrits d'Homère ) a laissé caler son engin poussif pour m'expliquer plus à l'aise la façon de rejoindre le chemin du palais du couple mythique...

Voilà, en observant attentivement, abstraction faite des câbles et constructions récentes, vous distinguerez, en haut à gauche, les ruines du palais d'où Pénélope, ignorant encore les détours de Charybde en Sylla et autres avanies de son époux, guettait le retour du guerrier vainqueur en tissant et retissant sa future tunique... au côté du palais, une construction plus récente d'un zélote culoté
guidera votre recherche... constatez, du coup, qu´on ne parle pas d'une simple "grimpette dominicale" !!

Arrêté sur un bas côté d'ajoncs, chênes kermes, bruyères et cyprès sur fond d'horizon de légende...

Voilà que mon aimable vieillard perçevant soudain la complexité manifeste de ses explications, décide généreusement de m'amener jusqu'au croisement adéquat quitte à faire ensuite demi-tour pour regagner ses pénates...
Cahin-caha l'engin pittoresque avale de la sorte trois bons km d'une pente toujours plus abrupte propre à décourager tout honnête  marin en bordée.
Chemin faisant, mon acolyte s'avoue très heureux d'apprendre qu'on baragouine encore la langue d'Homère sur une île si éloignée des terres hellènes que la mienne, puisque je peux de fait témoigner d'au moins trois locuteurs sur l'île de Sainte- Marie.

Parvenu à la bifurcation attendue, je n'en suis pas quitte pour autant... le vénérable vieillard veut en savoir plus sur cette île lointaine où il'a peut-être d'authentique cousins, tant les marins grecs sont réputés pour avoir essaimé bien a-delà des mers voisines...

Nous voilà donc arrêté au dit croisement, le long d'une très anachronique  borne d'incendie... lui à froncer d'étonnement ses broussailleux sourcils, moi à m'efforcer de décrire l'inavouable impéritie  de la diplomatie française, incapable de conserver sous sa couronne , un tel joyaux généreusement offert par la reine Betty à son amant, le célèbre pirate "la Buse", néanmoins  sujet du roi Louis XV.

Comme vous le voyez, la route est encore longue et pentue... ces guerriers grecs était décidément d'une autre trempe que nous !
pourtant de loin en loin à travers deux cyprès ou deux oliviers apparait en contrebas le port antique où mon équipage veille... en tout cas, j'ose l'espérer...