On s'est quittés il y a trois jours à peine en laissant derrière nous les majestueux remparts de La Valette, rappelez-vous ! Cap sur Bizerte en Tunisie à 230 milles à l'WNW...

Le courant d'est dont mon capitaine guettait les signes précurseurs depuis la veille tout en se baladant le nez au vent dans le labyrinthe de la citadelle croisée, ne s'étant pas encore franchement établi, père et fille décidèrent de se rafraîchir la mémoire en revisitant un abri de pirates fameux, exploré ensemble vingt ans plus tôt avec un autre équipage... une cache sans pareille, parfaitement dissimulée dans l'entrelacs de falaises calcaires de l'île de Gozo, toute proche...

Pour la dénicher, il faut serrer de près les falaises tranchantes qui bordent la face ouest de l'île de Gozo.. et encore... jugez vous même !

Ce n'est qu'avec un bon repère et en s'approchant à moins d'une encablure qu'on commence à deviner l'entrée étroite...

Voilà, nous sommes dedans... à l'abri des regards ennemis...

Un navire hostile qui croiserait le long des falaises pourrait toutefois distinguer les matures des navires mouillés dans la cache entre ces deux rochers...

Pour peu que de surcroît, ce dernier nourrisse quelque intention belliqueuse et,  n'imaginant pas d'autre accès possible à la cache, il choisisse de fondre toutes voiles dehors sur ses proies.... Il se fracasserait sur les récifs qui encombre cette fausse passe !!

Bref, une des plus belle cache des eaux maltaises, aussi sûre que sournoise...  

De nos jours, l'endroit est surtout abrité de la houle, propice à un agréable déjeuner sous le balai des grands goélands, leur œil perçant et intéressé , leur vols acrobatiques et leurs cris têtus...

Une suite logique aurait pu être une sieste crapuleuse au creux des bancs de cockpit agréablement réchauffés par le soleil et discrètement bercés par l'onde, mais déjà les risées commençaient à tourbillonner plus régulièrement alentour.

L'heure semblait venue de ressortir "du bon côté",

et de se dégager de la côte avant d'installer confortablement Virilus sur le bord de grand largue qui le mènerait jusqu'au lac de Bizerte en une quarantaine d'heures.

Donc tout cela c'était il y a trois jours, puisque Virilus est maintenant amarré cul à quai dans le port de Bizerte, son port d'attache.

A l'issue d'une nuit franche largement méritée par l'équipage, le soleil s'est levé sur un jour très particulier... le premier jour du mois de mai... qui, comme chaque année, outre la fête internationale du travail, est l'anniversaire de Ratédé !!  Autant dire, une journée où il est principalement question de faire la fête !!!

Ce matin, pourtant,  les choses paraissaient fort mal engagées... Depuis notre arrivée au port de Bizerte, hier, en tout début d'après-midi, les douaniers nous tenaient consignés à bord tous les trois ... sombre histoire de paperasse ; en fait, simple accès de mauvaise humeur passagère du chef de brigade. Heureusement, nous avons un allié de poids à la porte qui fait face à celle du service des douanes tunisiennes ; celle des gardes-côtes... L'officier en charge, bon vivant et personnage accort autant qu'accommodant, n'a que quelques années de moins que cap'tain Philip qui ramène pour sa part Virilus à Bizerte pour la troisième fois cette année. A les entendre galéger avec entrain et pétulance, ces deux-là semblent pourtant se connaître depuis beaucoup plus longtemps...

Bref, les quelques messages nécessaires au déblocage de la situation ont pu être envoyés hier après-midi depuis le bureau des garde-côtes et les retours sont arrivés sur leur imprimante ce matin. Le douanier bougon nous ayant enfin rendu nos passeports dûment tamponnés, il ne nous restait plus qu'à récupérer le linge du bateau, confié la veille à la lavandière des garde-côtes, à rincer le pont et à plier bagages, puisque le nouvel équipage de Virilus arriverait dans l'après-midi.

C'est en s'échappant du tintamarre dantesque qui règne sur l'immense marché au poisson de Bizerte, deux heures plus tard, que Stéphane, le copain de Ratédé, a déniché la table idéale au début des festivités...

Quelques tables ripolinées, coincées dans une encoignure, balayées par les effluves capiteuses de poissons et fruits de mer grillés ; micro univers magique aux mille couleurs, nimbé de tourbillons parfumés et dominé par le baryton tonitruant du patron gargantuesque dirigeant de la voix aides et serveurs tout en prenant les commandes et surveillant ses cuissons.

gambas grillées pour mon capitaine, dorade aux herbes pour le dénicheur de l'endroit, thon mariné pour la reine de la fête et limonade pour tout le monde, puisqu'on est en pays musulman !

Tunis n'est qu'à une petite heure de bus du port de Bizerte et là-bas, près de la porte de France et de la médina, Cap'tain Philip a ses adresses. Les sacs à peine déposés dans un petit hôtel familial du quartier, les agapes reprennent de plus belle.... à quelques portes de l'hôtel, le boui-boui s'appelle " la petite hutte " ; vins locaux et bière nationale y coulent à flot !! spécialités locales copieusement relevées, ambiance garantie !

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Sidi Bou Saïd n'est qu'à 15 dinars (5 €) de taxi...

Comme chacun sait, l'endroit est enchanteur... On y reviendra demain passer une magnifique journée de farniente , déambuler de café en café, se glisser d'une terrasse à une autre par le biais d'une ruelle fleurie, de quelques marches de pierre abritées par un porche... suivez le guide !