Voilà, le patron venait donc de remouiller ma pioche au plus près de l’emplacement de la bouée mystérieusement disparue. Certes le plan initial était qu’on quitte Port Vila aussitôt l’opération de refueling terminée, mais un bon force 6 soufflait plein sud depuis le matin et les autorités vanuataises avaient répondu positivement à la demande du MRCC de Nouméa de nous accorder asile jusqu’à ce que le temps se calme un peu.

On était donc déjà au milieu de l’après-midi du mercredi et je rappelais farouchement sur mon ancre, puisque si le plan d’eau restait calme, les rafales, elles, s’engouffraient sans vergogne dans l’abri. Un beau soleil illuminait le tout et le patron a commencé par se cuisiner un gueuleton à la hauteur de la situation avec les vivres frais. Monsieur Worek nous accordait asile jusqu’au samedi minuit, à condition de ne pas chercher à gagner la terre, ce qui allait sans dire, mais le patrol-boat des douanes venait néanmoins nous le redire très aimablement au reste, mais sans faillir, matin et soir.

Pour afficher clairement notre esprit collaboratif, le patron a ostensiblement laissé mon annexe bien calée sur son bossoir. En fait ce petit frais nous arrangeait bien… on allait se reposer, se la couler douce en bavassant et samedi on aviserait…

Le samedi matin justement, le vieux m’a dit qu’il y avait une petite fenêtre sur les deux prochains jours. Le vent allait faiblir un peu, mais surtout venir franchement au sud-est. Dès le mardi ça remonterait à 25 nœuds. On avait 36 à 40h de route au 200° ; maintenant qu'on avait les réservoirs pleins, c’était jouable… C’était ça ou rester au moins cinq jours de plus à la bouée fantôme, au vu des prévisions sur la semaine à venir !

Le MRCC avait déjà averti le vieux que les vanuatais accepteraient probablement sa demande s’il demandait l’autorisation de reporter le départ à cause du mauvais temps. Mais, même les orteils en éventail, on en avait un peu marre du « Lazaret » à vrai dire… On a commencé à se préparer doucement en prenant la température à droite et à gauche à commencer par l’avis du MRCC de Nouméa. On se déciderait quand les deux  prochains GRIB météo tomberaient à une heure d’intervalle en fin d’après-midi.

<< -----Message d'origine-----
>De : MRCC NC [mailto:operations@mrcc.nc]
>Envoyé : samedi 6 juin 2020 09:46
>À : Philippe Elle
>Cc : carole.le-goff@diplomatie.gouv.fr
>Objet : Re: climax
>
>Bonjour Monsieur Elle,
>
>Nous prenons note de votre message,
>
>Nous ne pouvons pas prendre de décision pour votre départ, votre
>autorisation de rester au Vanuatu court jusque ce soir; si vous décidez
>de prendre la mer, merci de nous tenir informés et nous donner une
>estimation de votre arrivée à Nouméa.
>
>S'il vous semble plus sûr de rester jusque jeudi prochain, il faudra
>renouveler la demande aux autorités Vanuataises. Nous venons de transmettre une demande aux autorités vanuataises en leur demandant une autorisation pour que vous restiez jusque dimanche inclus.                          Nous vous informons que le seul point d'entrée en Calédonie est actuellement Nouméa, avec une prise de mouillage à  la pointe de l'artillerie pour la quarantaine.                                                                                    La position pour votre arrivée à  Nouméa sera : 22°17.0 S - 166°25.9 E       A votre arrivée nous vous demanderons de répondre aux questions afin de remplir la déclaration de santé que nous transmettrons à  la DASS, ce sont eux qui prendrons la décision de la durée de votre quarantaine.                  Bonne semaine,
Cordialement                                                                                                          MRCC   NOUMEA - Nouvelle Calédonie
 Maritime   Rescue Coordination Centre
 Centre de coordination de sauvetage maritime
 Appel urgence : 16
 Tel : +687   29 21 21 - Fax : +687 29 23 03
 Inmarsat C : 422 799 194
 MMSI : 005401000
 operations@mrcc.nc
 www.mrcc.nc >>

******************  

<< -----Message d'origine-----
>De : Philippe Elle [mailto:climax@myiridium.net]
>Envoyé : samedi 6 juin 2020 18:55
>À : LE GOFF Carole
>Objet : RE: climax

   Bonsoir madame Legoff, j'attendais la météo de 18h pour me
>décider à bon escient . c'est fait . c'est déjà Ok avec les autorités
>du port et du NDMO , ils viendront à 20h avec le patrol boat et
>m'escorteront jusqu'à la sortie de la baie de PORT VILA. Ils sont
>repassés vers 16h00 pour me dire que je n'étais pas obligé de partir vu
>le mauvais temps, mais qu'ils m'escorteraient jusqu'à la sortie de la rade si je  décidais de  partir ... ''it's up to you'" ont-ils conclu. Ils ont donc vraiment été nickel tout du long , autant que vous avez été efficace de votre côté et je vous en remercie chaleureusement une nouvelle fois. J'espère
>qu'on gardera contact , je prévois d'arriver à Nouméa le 9 dans
>l'après-midi . Je vais faire 1 message séparé au mrcc de Nouméa.
>excellente soirée à vous !                                                                                                    très cordialement et encore merci .
>Philippe Elle >>

*******************

Le 6 juin 2020 12:57:43 GMT+03:00, LE GOFF Carole <carole.le-goff@diplomatie.gouv.fr> a écrit :


>Nous vous souhaitons  une excellente traversée, donnez-nous des
>nouvelles à l'arrivée à Nouméa !
>Bien à vous,
>Carole Le Goff
>Service de l'Accueil des Français
>Ambassade de France au Vanuatu
>Lini Highway – BP 60
>Port-Vila
>Tél. : +678 28700 >>

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Passé 20h on s’est un peu inquiété en ne voyant rien venir, puisque notre VHF était muette et que le lendemain matin il serait trop tard pour partir...

mais la vedette est arrivée vers 21H et nous a accompagnés jusqu’à la sortie de la grande rade avant de de faire demi-tour en nous balançant un vieux coup de corne de brume pour nous souhaiter bonne route  !

Il y avait encore quinze nœuds de vent, mais quasiment par le travers et on n’avait pas le soucis du gaz-oil, cette fois !

C’est le surlendemain matin qu’on a aperçu l’île de Lifou sur l’horizon.

On a longé sa côte Est.  Le ciel était nuageux mais on avait exactement le temps prévu. Fallait juste qu’on passe le canal de la Havannah entre l’île principale et le plateau de corail qui s’étend très loin vers le  sud à l’aube du lendemain… car dans la matinée suivante le temps reviendrait au sud. On était juste dans les temps !  Une fois dans le lagon, on n’aurait plus qu’à se faufiler jusqu’à Nouméa entre les centaines d’îlots et les bancs de corail et quand le vent se lèverait, on l’aurait quasiment au cul !